À la fin de ton ouvrage « l’art de la paix », tu abordes le thème de la gestion des litiges entre parents et adolescents, quel est le rapport avec le juridique ?
En fait il n’y en a pas, les thèmes du livre permettent de dynamiser une méthode rationnelle de gestion des conflits qui va de l’enceinte de l’institution judiciaire jusque dans les familles.
Pourquoi les relations des adolescents avec leurs parents sont si conflictuelles parfois ?
En tant que parents, personne ne nous a aidé à traverser cette période difficile qui prépare à la vie d’adulte. Normal, nos propres parents ont fait avec nous comme ils ont pu et cela s’est passé plus ou moins bien selon les histoires de chacun…
De leur côté, les enfants qui deviennent adultes, ont besoin de nous comme modèles performants de maitrise des conflits relationnels. Alors comme c’est sur nous qu’ils se font les dents maladroitement, on a intérêt à se préparer.
Comment fait-on pour jouer à la guerre avec nos adolescents ?
Apprendre à son enfant à gérer son agressivité n’a rien d’intuitif car le parent doit le prendre comme un jeu mais pour l’enfant c’est très sérieux.
Alors montons sur le ring du conflit avec lui pour lui donner la chance de s’affirmer avec justesse dans la vie, sans craindre les risques de blocage ou les situations de rupture définitives.
Quel intérêt l’ado a-t-il de provoquer une crise à la maison ?
VOIR LE SCHEMA DE L’ADN DE L’IDENTITE
L’identité se structure sur deux pulsions opposées et intriquées dans un équilibre fragile : la pulsion de vie « EROS » et la pulsion de mort « THANATOS ».
Nous sommes les cobayes de nos adolescents qui essayent de faire les réglages avec leur pulsion de mort.
Ignorer l’importance de cette responsabilité et ignorer le conflit qu’ils déclenchent peut être dangereux pour leur construction.
Tu es sûre qu’il peut comprendre le fonctionnement du triangle dramatique ?

Venir chercher son adolescent dans sa posture victimaire et refuser d’être le Bourreau parce qu’on impose des règles à la maison n’a rien de compliqué.
De la même manière : faire un câlin à l’enfant quand papa gronde, pour s’inscrire en sauveur, c’est tentant mais pas toujours pertinent.
Quels sont les problèmes les plus répandus en cas d’échec ?
Tous les moyens de calmer rapidement la colère sont bons mais très dangereux :
- Les conduites addictives : alcool, cannabis, écrans (téléphone et ordinateur).
- La déscolarisation et la violence à l’école.
- Les dépressions larvées du fait d’un ressenti de harcèlement moral.
Et du côté des parents ?
S’agissant de l’autorité légitime, on peut être tenté d’abuser de cette position de force, qui va encore plus creuser le fossé avec son enfant
- La violence physique.
- Le placement en pension ou l’enrôlement dans l’armée.
Qu’est ce qu’il faut faire alors ?
Expliquer à son ado que son agressivité est une pulsion naturelle et très utile mais qu’ensemble on va apprendre à l’utiliser intelligemment.
Le cas de Léa est très simple à comprendre
Le cas de Léa âgée de 10 ans intitulé « Ça suffit, va dans ta chambre !» démontre combien il est difficile pour un parent, de rester dans la relation tendue que nos enfants nous imposent.
Finalement qui est le fautif dans cette histoire ? Léa ou sa mère ?
La question de l’obéissance à une règle rigide à la maison est un moyen facile pour l’adolescent de créer un incident par pure provocation. Dans ce cas c’était le temps d’écran sur la tablette.
Le but de l’adolescent est de couper le dialogue pour nous imposer un déni d’altérité, notre but sera de rester dans le lien avec lui jusqu’au bout !
Comment la CNV permet-elle de régler le conflit ?
Le fait de ne pas faire comme si la provocation n’était pas blessante mais de faire un incident permet à l’enfant de comprendre les rouages de cette méthode sur des sujets anodins.
Plus tard au travail et dans son couple, cela lui permettra d’éviter le divorce ou le licenciement pour des mauvaises raisons.
Comment encourager les parents à travailler sur eux même pour s’intéresser à cette période de la vie délicate ?
- Le programme de formation utilisé pour les médiateurs de l’association AMAK est très pertinent et accessible du grand public.
- Le livre de Thomas D’ANSEMBOURG est un bon début, « cessez d’être gentil, soyez vrai ».
- Le programme de formation développé par la société HUMAN’S PLACE intègre une initiation à tous ces rouages de l’identité et de l’agressivité.